Immersion dans l’Altaï russe

English summary : through the volunteering network HelpX, we just spent about 10 days in an ecovillage in the Altai foothills. Our host family settled there 9 years ago and has lived a simple though not easy life, self-building their cob house, making ceramic, producing dairy products for the village (4 families all year round + 3 families through the summer), raising their kids and spending quality time in the nature. One of the villager wrote a book about this village (« We are building an ecovillage » by Aleksander Ivanov) that has been translated to English recently ! Not sure it’s available in your next door library though. A typical day included feeding the chickens, cow and calf, milking the cow, making cob and brick with clay, sand, straw and dung, erecting walls, getting vegetables in the garden, cook, making bread, cheese, butter, cream and milk, firing the oven… We also got to rest, climb the surroundings hills, meet the other villagers and even a party for the end of the tea season (one guy has a small business), go mushroom-picking, and the best of all : BANYA ! If it doesn’t sound a bell, this tradition in Russian culture is a must-do : it’s a kind of wood sauna, mostly with birch wood, that goes above 60°. You get in there naked, cover your hair with a wool hat, and sweat. If you are lucky enough, a naked Russian guy will come and whip you with dried birch branches. It may sound strange, but it is just great, very healthy and relaxing. This experience has brought us new perspectives, new ideas for the future, and obviously new friends. They have showed us that you can live a happy life without a car or a job (as we know it), without internet or phone reception, 4 km from the nearest village, that you can build a house, birth your babies at home and see them growing up, live (partly) from what you produce yourself, without much money going around. Of course, it is not a perfect, nor easy life, but these people have made choices and I have to say, this opens new horizons in our minds!

Nous revenons de notre première expérience HelpX ! Si vous vous posez la question, HelpX est un réseau qui met en relation des personnes qui ont besoin d’un coup de main pour des projets divers, et des voyageurs qui sont prêts à passer 1 semaine, 1 mois, ou plus, à se rendre utile, contre le logement et le couvert. Je n’avais pas forcément une très bonne image de ce réseau : la première fois qu’on m’en a parlé, c’était un Néo-Zélandais qui « travaillait » dans une petite entreprise de fabrication de chaussures, et les conditions n’étaient vraiment pas terribles… Je pense que certains en profitent pour « exploiter » cette main d’œuvre gratuite et de bonne volonté, mais, cela ne concerne bien sûr que certains, et d’autres, comme la famille qui nous a accueillis, sont vraiment dans une philosophie de partage et d’échange.

L’éco-village où nous avons rejoint nos hôtes est situé au bout d’une route impraticable par Pam, on la laisse donc à un « voisin », 5km plus bas. Il fait du miel (~100 ruches) et en profite pour nous montrer son équipement et son alcool maison. 7 familles vivent dans l’éco-village (4 à l’année + 3 aux beaux jours) au milieu de collines boisées et de prairies, et où il fait jusqu’à -40°C en février. Les maisons sont construites par leurs propriétaires, en bois et/ou torchis. L’eau potable est disponible aux nombreuses sources auxquelles sont raccordées les maisons, et la plupart ont des panneaux solaires et un groupe électrogène (quand même rarement utilisé). Si nous avons bien compris, les habitants ont acheté ensemble un terrain et se sont réparti des lots en fonction de leurs besoins et projets. Deux personnes ont un 4×4 et transportent ceux qui n’en ont pas dans le « grand » village le plus proche (20-25 km) pour faire des courses ou autres. Une fois par an, début août, a lieu le festival du thé, un des habitants ayant un commerce de thé qui fait venir des saisonniers estivaux. Ils ont aussi eu par le passé un projet de permaculture qui amène des personnes extérieures au village. Nous n’avons pas creusé à fond l’organisation, mais un des habitants nous a offert son livre fraîchement traduit « We are building an eco-village » (Aleksander Ivanov). Une autre chose agréable : la plupart des habitants ont entre 30 et 40 ans, ont pas mal voyagé, et parlent anglais !

Nous arrivons mercredi 14 août dans la famille de Rustam et Katya, et leurs deux filles : Dara, 3 ans et demi, et Sacha (Aleksandra), 8 jours (accouchement à domicile !). Nous voulons rester une semaine, mais ça s’allongera un peu (jusqu’au 26). On rencontre aussi Lorena, une jeune Suisse qui reste encore une semaine avant de continuer son voyage estival en Russie. Rustam et Katya possèdent la seule vache du village, Zoria, qui leur permet d’approvisionner le village en produits laitiers une grande partie de l’année, ainsi qu’un bœuf et un veau. Ils ont construit une petite maison d’une pièce et ont pour projet de l’agrandir. Katya s’occupe surtout des produits laitiers, tandis que Rustam construit la maison et a un atelier de céramique. Ils ont aussi un potager où poussent des concombres, courgettes, et bien sûr betteraves, patates, choux, ail, carottes …

Une journée typique (sujette à variation !) :

8h30 : lever. Nourrissage des 6 poules et du coq, et ramassage des œufs.

9h : petit-déjeuner, préparé par Katya ou Sido. Au menu : pain maison, beurre maison, confiture maison (de nous ou de Katya), kasha (mélange de céréales) ou semoule fine à l’eau ou au lait (maison bien sûr), et selon les jours, fromage frais (paneer, ricotta, halloumi … selon l’envie du moment), et thé !

9-10h : traite de la vache (avant ou après le petit-déjeuner, c’est elle qui vient) et filtrage du lait. Sortie du veau de son enclos et raccompagnement de la vache dans le champ.

10h-14h : fabrication de produits laitiers (séparation lait-crème, qwark/lait caillé, beurre, crème …), de pain, gâteaux, et/ou de torchis (argile prélevée au bord de la rivière + eau + sable + bouse de vache mélangée à de la paille), fabrication de briques en torchis, montage des murs.

12/13h : préparation du repas (Katya et/ou Sido). Les légumes sont souvent prélevés dans le jardin !

14h-16h : déjeuner et repos, balade, cueillette de champignons … Eventuel allumage du four à pain

16/17h : reprise de la construction de la maison ou autres travaux « physiques », cuisson du pain et autres plats

17-18h : deuxième séance de nourrissage des poulets et récolte des œufs

19-20h : rentrée du veau dans son enclos et deuxième traite de la vache, filtrage du lait ; préparation du repas du soir (Katya et/ou Sido)

20h-21h (ou plus tard) : dîner, soirée tranquille !

Nous n’avons pas travaillé tous les jours (c’est notamment compliqué les jours de pluie), même si certaines tâches sont incontournables, et nous avons eu l’occasion de gravir les collines environnantes à la recherche de réseau, de visionner un film français en russe sans sous-titre (« La belle verte », de Coline Serreau – il faudra qu’on voie la version originale pour vous en parler) dans la Kupol (salle communautaire), de passer une soirée musicale avec les habitants du village pour fêter la fin de la saison du thé, d’aller rendre visite à d’autres familles (dont une avec 3 enfants qui voyage 3 à 4 mois par an en autostop !) …

Une expérience marquante a aussi été le banya communautaire ! On entendait parler du fameux banya depuis longtemps, qui fait partie intégrante de la culture russe ! Le banya ressemble à une petite maison, dans l’entrée on se déshabille (ah oui, c’est tout nu !) et on rentre dans la partie « douche/lessive ». Un poêle à bois couvert de pierres et surmonté d’un réservoir d’eau est allumé pour chauffer la dernière pièce, dans laquelle on rentre, non sans avoir mis un chapeau de laine pour protéger ses cheveux. Il y fait plus de 60°, on sue à grosses gouttes ! Nous avons compris l’utilité des nombreux bouquets de branches de bouleaux séchées qui sont vendus un peu partout … Rustam nous a fait par deux fois une belle démonstration de « fouettage » : on s’allonge et c’est parti ! Il trempe les branches dans l’eau et asperge les pierres chaudes pour créer de la vapeur et de la chaleur. Puis s’ensuit une chorégraphie où aucun des membres n’est épargné : dos, bras, jambes, fesses, pieds, puis ventre, torse (on protège quand même ses parties intimes) … il faut prendre sur soi pour supporter la chaleur, et on en ressort complètement lessivé, mais en quelque sorte purifié … on respire mieux, on se sent détendu … L’étape suivante, c’est de ressortir (toujours nu) et de s’asperger d’eau froide du ruisseau, puis de se remettre de ses émotions sur un banc. Cela paraît tellement naturel qu’on en oublie nos appréhensions et éventuels freins culturels !

Ces 10 jours auront été un grand bol d’air frais, loin de tout ou presque, immergés dans un mode de vie « simple » mais pas facile, proche de la nature, sans souci de l’heure, avec des obligations choisies, peu d’argent qui circule au quotidien, et du temps pour profiter de la nature, de ses enfants … des questions se posent, bien sûr, mais on sent que chacun ici fait ce choix de vie en pleine conscience et se sent plutôt bien comme cela. On en repart avec la promesse de se revoir, des idées et des questions plein la tête, et une fenêtre des possibles qui s’ouvre un peu plus !

Quelques moments de vie en vrac (by Sylvain) :

  • Sur la route, les policiers et voitures de police en carton font la circulation !
  • Chez Rustam et Katya, douche chaude à l’extérieur ! Quand c’est grand soleil, et uniquement entre 14 et 15h, finalement pas si pratique !
  • La croix gammée a la côte dans l’éco-village : sur les fanions de certaines maisons, sur les planches de yoga… en espérant que ce soit le symbole indien et pas celui du Reich !
  • « Oui, il y a du réseau dans le village, en haut de la colline là-bas » : une fois là-haut, pas de réseau, mais une belle vue sur la vallée et la grosse pluie qui m’arrive dessus
  • A Rustam : « Il est bien le torchis là ? », réponse invariable : « Mooooore cowshit ! »
  • Séance de parapente avec Rustam qui se lance à fond dans la pente école, la voile au-dessus de la tête, beaux premiers essais !
  • Rustam, à 10h, 15h ou à tout autre moment de la journée : « Maybe you want to relax ? Chaï ? (thé) » Non mais quand même, faudrait qu’on bosse…
  • « C’est quoi les nombres sur le calendrier ? » « C’est la température bien sûr ! » « Ah… même le -42 là ? ». Et dire que les Canadiens se plaignent… 😉
  • Grâce aux vidéos de vacances de Sacha Ivanov, on sait qu’il est possible de faire du stop avec femme et enfants… mais attention, du stop de bateau, d’aéroglisseur, d’avion et même d’hélicoptère ! Il faut ce qu’il faut pour rejoindre le grand Nord et le grand Est russe, c’est pas évident.
  • Découverte du banya russe : oui, j’ai aimé me faire fouetter avec des branches de bouleau par un Russe tout nu.
  • 1er embourbement du séjour au moment du départ de chez le « voisin » ! Il y avait un tracteur juste à côté qui aurait pu nous sortir de là en deux coups de cuillère à pot, mais il n’y avait personne pour le conduire. Donc on s’est débrouillés tout seuls, en 1h à peu près !
  • Chaque matin, on demande à Katya et Rustam : « Did you sleep well ? » et la réponse à peu près à chaque fois : « Night club ! » signifiant que Sacha s’est réveillée entre 3 et 6h du matin environ pour faire la fête à ses parents !
  • Pour prendre encore plus de recul sur notre mode de vie occidental, vous pouvez associer ces 10 jours d’éco-villages avec la lecture de « La fin de l’homme rouge » qui regroupent beaucoup de témoignages de Russes sur le changement socialisme -> capitalisme. Super intéressant!

2 réflexions sur “Immersion dans l’Altaï russe

  1. Toujours aussi dépaysant et formidable de vous suivre dans votre voyage ! Je partage tout à fait l’indication de lecture du livre de Svetlana Alexievitch « la fin de l’homme rouge » : il est passionnant, comme tous ses autres ouvrages (dont  » La supplication : Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse »). J’espère que vous archivez toutes vos chroniques, et que … vous publierez à votre retour (sous une forme ou une autre). Bonne continuation et bonnes découvertes ! Grosses bises
    Christine

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  2. Bravo encore une superbe expérience…
    quel plaisir de lire ces chroniques que j’attend toujours avec impatience…
    Vivement le prochain récit…
    Bisous à vous deux
    Fred

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