Confinement jour 8

Un jour, une rencontre, une photo

In English below the picture

ATSUSHI-SAN et la famille TOYOSHIMA

Ceux qui suivent ce blog sauront déjà de qui il s’agit, on a consacré deux articles à notre expérience de volontariat chez cet ostréiculteur japonais mais comme je soupçonne certains d’entre vous de ne pas être très assidûs … et puis, je ne pouvais certainement pas ne pas vous parler de cette belle famille !

Nous avions déjà rencontré Atsushi brièvement lors de notre passage à Kumihama Bay, juste après notre arrivée au Japon, quand nous étions allés voir Adèle et Alex qui étaient chez lui. On a été surpris de voir devant nous un grand gaillard, bien bâti, avec des mains larges et des pieds aussi grands que les deux miens. On n’avait pas vraiment cette image des Japonais … mais bien sûr, ce n’était qu’un autre tour de notre esprit plein de préjugés ! Il nous avait paru sympathique, bien que prudent dans ses mots. Adèle et Alex nous avaient dit qu’il était difficile de trouver un volontariat au Japon, et nous voulions lui plaire, alors à sa question « Avez-vous déjà fait de la gestion de projet ? » nous avions tous les deux joyeusement répondu « Bien sûr ! » alors que plus tard, Adèle nous a révélé qu’il se méfiait des personnes annonçant ses compétences, car il avait eu deux expériences plutôt traumatisantes avec deux « gestionnaires de projet » De plus, lors de cette soirée, nous nous étions garés (par erreur) devant la maison de son voisin, et il avait pris sur lui de l’appeler pour ne pas que l’on ait les policiers ait trousses ! … ça s’annonçait bien.

Finalement, nous nous étions fait du souci pour rien, car après mon message très poli sur le site de volontariat, il nous dit qu’il serait heureux de nous accueillir. On débarque donc chez lui, avec nos cliques et nos claques, et il nous trouve rapidement une solution pour garer Pam (le village est très dense, les routes étroites et, on le sait maintenant, les places de parking gratuit inexistantes) sur un terrain d’un de ses voisins (l’avantage des petits villages !). Il nous présente rapidement la maison, mais nous laisse aux bons soins de Gaël, un volontaire français que connaissaient Adèle et Alex, qui nous explique tout de A à Z : la maison, le travail, la famille, la nourriture …

Atsushi a une quarantaine d’années, il est marié avec une instit, Naoko, et a une fille, Yuzuki, de 10 ans. Il habite dans la maison familiale (en fait, on peut dire qu’il y a 5 lieux d’habitation dedans) avec ses parents, Ayoko et Tetsuo, qui ont chacun leurs appartements. On met un moment avant de comprendre où habite qui, mais avec le temps, tout devient plus clair.

Atsushi a repris la ferme aquacole de son père il y a une vingtaine d’années. Architecte de formation et voyageur dans ses jeunes années, il n’est pas satisfait de cette situation mais n’a pas vraiment le choix. Jeune aquaculteur, il essaye d’améliorer ses outils et méthodes de travail en piochant dans ses observations à l’étranger (Australie, France …) tout en se faisant aider de volontaires du monde entier pour cette profession qui a peu évolué depuis une trentaine d’années. Il demande toujours l’avis des uns et des autres, conscients que, si l’on n’est pas aquaculteur, on peut lui apporter des connaissances. Cependant, de récentes expériences de volontariat très compliquées l’ont rendu méfiant et moins enclin à accepter n’importe quelle aide. Cela nous a pris un moment à « l’apprivoiser » et à ce qu’il s’ouvre à nous. Toutefois, on découvre qu’il éprouve un certain besoin à parler de ces expériences, et notamment, on le suppose, pour s’assurer que nous sommes conscients de ce qu’il accepte ou pas. Après deux semaines où on l’aide du mieux qu’on peut (le travail est physique, dépend du temps, et demande de la réflexion pour être le plus efficace sans gaspiller trop d’énergie), une grande complicité s’est installée entre nous. Il nous demande de l’aide aussi pour comprendre et gérer les relations avec une société française avec qui il travaille. On sent qu’il nous a accordé sa confiance, et nous, on le considère comme un ami !

Dans la famille, on n’a pas beaucoup vu sa femme Naoko, qui travaille beaucoup. Sa fille Yuzuki est très discrète et est souvent occupée dans sa salle de jeux. On soupçonne qu’elle nous comprend quand on lui parle anglais, mais cela doit la stresser et elle n’ose pas trop parler avec nous à part quelques phrases de base. Difficile de savoir si, en bonne pré-ado, on ne l’intéresse pas vraiment ou pas. Elle refuse dans un premier temps de nous inviter à son cours d’anglais, puis finalement on découvrira qu’elle est fière de parler de nous et de notre voyage à sa classe (en japonais, bien sûr !) et on passera un très bon moment lors du deuxième cours où elle nous a conviés ! On apprend aussi qu’elle meurt d’envie de faire un tour dans le van, et on trouve un moment pour l’emmener vers la fin de notre séjour. Pendant le trajet, elle ne dit pas grand-chose et rechigne à venir devant, mais c’était sans compter sur la réserve japonaise : de retour à la maison, elle est toute excitée de raconter tout ça à ses grands-parents ! Enfin le dernier jour, on découvrira sa grande affection pour nous : elle veut faire des photos avec nous et même nous prendre dans ses bras … et nous qui pensions que nous n’étions que deux volontaires de plus. On découvre une petite fille débordant d’affection, un peu bridée par les normes sociales de son pays.

Les grands-parents sont également de sacrés personnages.

On sent que Tetsuo, ou plutôt « Oji-chan » (qui veut dire « grand-père » comme il nous demande lui-même de l’appeler) a eu l’habitude de mener sa barque (au sens littéral !). Il est très directif, limite intrusif. Gaël nous avait prévenu « Il peut venir te dire comment faire ta popote, et même la faire à ta place ! » (pour lui qui est cuistot, c’est quand même vexant). Alex nous avait prévenus « Chaque fois que l’on faisait quelque chose, ça n’allait pas, ce n’était pas comme ça qu’il fallait faire au Japon ». Cependant, lorsque l’on fait fi de ses manières un peu bourrues, et que l’on ne se laisse pas démonter par son autoritarisme, ça se passe plutôt bien. Malgré les possibilités de conversation limitées (par notre japonais et son anglais), on arrive à échanger un peu : on découvre sa gourmandise, on apprécie ses éclats de rire gutturaux et surtout, on le taquine autant qu’on peut. Bien sûr, il passe toujours vérifier derrière nous, mais à la fin, c’est plutôt par principe. A la fin de notre séjour, on est récompensés de nos efforts par une jolie calligraphie nous disant « Merci » avec quelques photos de la baie et d’autres exprimant son émotion à nous voir partir. Encore une surprise pour nous !

Ayoko-san, la mère d’Atsushi, nous paraît, au premier abord, un peu distante. Notre relation se résume au départ à ce qu’elle nous fasse à manger le midi, et nous indique la nourriture lorsque l’on rentre du travail. On nous a mis en garde « Ne laissez pas traîner des gâteaux, sinon le lendemain ils ne seront plus là ». Ce qui n’est pas faux … Cependant, au fur et à mesure des jours, on sent qu’elle s’adoucit. La cuisine est un peu son antre : elle rit de nous voir chercher dans les placards encombrés, et s’amuse beaucoup de nous voir (et en particulier Sylvain) démunis devant certains plats qu’elle nous propose, mais sans aucune méchanceté. Plus le temps passe, plus elle est attendrie par notre gaucherie (qu’on a presque envie de feindre juste pour ça) et on sent de l’affection dans les biscuits et friandises qu’elle nous concède. Je lui confectionne des pâtisseries qu’elle convoite et déguste avec des yeux pétillants. Le soir de notre « dessert de Noël », je la trouve dans la cuisine alors que nous sommes tous dans le salon à passer un bon moment (Oji-chan est allé se coucher). Je ne sais si elle est fatiguée, ou trop timide, mais, indignée qu’elle puisse ne pas goûter mes gâteaux, et peut-être juste pour la voir sourire, je lui apporte une assiette, et me vois gratifier d’un « thank you », alors qu’elle ne parlait pas du tout anglais.

C’est avec le cœur serré qu’on quitte cette belle petite famille, que l’on est heureux et fiers d’avoir réussi à décoder et à dévoiler un peu. Derrière leur réserve et leur déférence se trouve un grand cœur, de la générosité et un sens de l’accueil à toute épreuve ! On espère les revoir un jour, en France ou ailleurs ! ありがとうございます!

Those who follow this blog already know who I’m writing about, but I suspect not all of you are very studious. And, I could’nt NOT talk about this lovely family !

We met Atsushi briefly when we came to see our volunteering friends in his aquafarm. His stature, his large hands and feet didn’t quite match the idea we had of Japanese people – funny how our mind is full of preconceived ideas, even after all our travels and our supposed openmindedness ! He had seemed really nice to us, although reserved. Adèle and Alex told us it was not easy to find a volunteering host in Japan, so we wanted to please him, and when he asked if we had experience in project management, we were eager to say yes ! Only to know later that he was weary of project managers since he had very bad experiences with two of them ! What’s more, when we came to see our friends at his house, we had parked on his neighbours’ parking space, and he had to call the police not to alarm them. Things could not start worse …

But we found out he didn’t hold it against us, because after we sent him a very polite message on the volunteering website, he said he was happy to have us. So we arrived with our van and all our stuff, and he shows us the house before letting Gael, another French volunteer, take over.

Atsushi is around 40 years old, he is married to Naoko, a primary school teacher, and has a daughter, Yuzuki, 10 years old. They live in Atushi’s parents house (it would be better to say « houses »), whose names are Ayoko and Tetsuo.

Atsushi has taken over his father’s business about 20 years ago. Trained to be an architect and a passionate traveller in his youth years, he is not happy about this situation but doesn’t really have a choice. As a young aquafarmer, he tries to upgrade his working tools and methods, taking inspiration from overseas and having volunteers helping him all year round in this harsh profession, that hasn’t much evolved locally in the past 30 years. He’s valuing each person’s experience by asking their opinions about the way things should be done, although some past experiences have made him more careful about people’s opinions and ways. It took us a while to feel his confidence, but then he seemed to need to share these experiences and make sure we understand each other. We knew he trusted us when he asked us to help him understand how French people thought and worked. After these two weeks working together, we felt very close, like real friends.

We didn’t get to see Naoko much, as she has a lot of work out of home. His daughter, Yuzuki, is very shy, and often plays alone. We suspect she understands our English, but, is it out of shyness or just « teenageness », we don’t manage to approach her much. We often thought we were just two more volunteers helping her father, but in the end, we discovered that she was proud to talk about us to her friends at school, and was eager to have a ride in our van. We were so surprised, on our last day, that she wanted to take pictures with us and even hug us ! We didn’t suspect this at all and were very moved !

Atsushi’s father and mother were also two characters !

You could say that Tetsuo (or Oji-chan « grandfather » as he asked us to call him) was a leader and knew his job. He is directive, slightly intrusive – Gael, who is a cook, told us he once came and changed the whole meal he was cooking. Alex told us that whenever he did something, Oji-chan told him it was not the Japanese way. We wanted to see for ourselves and didn’t get flustered by these comments. It was a challenge for us, but we like them, and in the end we managed to have a good relationship with him. Of course, he was always checking twice, and we were always teasing him, but always in a respectful way. Our little Japanese and his little English showed how much efforts we all put in. When we left, we were moved to receive a calligraphy from his hand, showing big « thank you » written in Japanese, photos of the bay, and other that showed his feelings to see us leave.

Ayoko-san, Atsushi’s mother, is more distant. Communication is not easy, and she often just cooks our lunch and shows it to us. The other volunteers had told us to be careful with our sweets … « If you don’t eat them, she will ». Which didn’t prove wrong ! But as days pass, we feel her soften at our sight : she laughs to see us rummage through the numerous shelves in her kitchen, and laughs even more when we (esp Sylvain) are totally helpless when they present us some unknown meals we don’t even know how to eat ! Not in a mean way, but more amused. She looks tenderised by our clumsiness, that we could fake just to see her eyes sparkle. On our Christmas dessert, I found her in the kitchen, she didn’t want to join us, was she tired or too shy ? I felt a surge to bring her a plate of the cakes I made, and was rewarded by her smile and her « thank you » (she didn’t speak English at all).

We left them after two weeks with a lump in our throats, happy to have been able to crack the shell of all these wonderful people. We found, behind their discretion, very big hearts, and unconditional generosity. We hope to see you again, in your or our home ! ありがとうございます !

Une réflexion sur “Confinement jour 8

  1. Coucou les jeunes,
    Même si on n’est pas toujours assidus, on « voyage » épisodiquement un peu avec vos belles rencontres, qui valent parfois plus que les plus beaux paysages… Des gens qu’on n’aurait jamais connus et côtoyés en temps normal, qui se révèlent si abordables et chaleureux, pour peu qu’on fasse un effort de compréhension et d’acceptation…Là, les masques tombent et on est heureux de la rencontre ! Bon courage à vous pour la suite du « Confinement »…

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