Confinement jour 11

Un jour, une rencontre, une photo

RUSTAM, KATYA, DARA, SACHA et LORENA

Russie, août 2019.

Pour notre première expérience de volontariat, nous avons trouvé une famille dans un petit village de l’Altaï, pas loin d’Altayskoye (prononcer Altayskaya). Dans la description, il est question d’un éco-village non accessible en transports en commun, de partage d’idées, et d’aider à la construction d’une maison et de produits laitiers. Après quelques tentatives infructueuses d’entrer en contact, je tente à tout hasard un coup de fil. Quelques jours plus tard, j’ai Lorena au téléphone, une volontaire suisse qui est chez eux en ce moment. Elle m’assure que tout se passe très bien pour elle et que Rustam et Katya seraient heureux de nous accueillir.

Quelques jours plus tard, nous arrivons chez eux. On doit se garer à 2km de chez eux, en bas d’un chemin que Pam ne passera certainement pas. Après avoir fait nos affaires pour 1 semaine, on prend le chemin. Le long de ce dernier, on croise quelques bancs sur lesquels reposent des tasses pour se désaltérer dans les sources sortant de ci de là de la montagne. En arrivant, un homme entre la trentaine et la quarantaine nous interpelle, puis nous indique une maison un peu plus loin sur le chemin, celle avec un grand toit.

La maison, faite entièrement à la main avec du torchis et des poutres et planches de bois, consiste en une pièce carrée d’environ 15m² et 2m de haut. Face à la lourde porte d’entrée en bois isolée avec de la laine (il peut faire moins de 40° l’hiver) se trouve un poêle, à gauche on longe l’évier, le plan de travail, et les réserves de nourriture, puis 2 plaques au gaz et une table en bois le long du mur attenant. Le berceau accroché au plafond fait l’angle, il reste la place d’un grand lit, avec une petite séparation pour que Dara ait un espace à elle. Dehors, ils ont installé un grand toit en tôle qui permet d’avoir de l’espace tout en étant abrité. C’est là que l’on fait les travaux, que l’on mange quand il fait bon, que Dara joue, que Lorena campe, qu’on fait sécher la lessive. Ils ont même un petit banya familial (sorte de salle de bain avec un poêle pour chauffer l’eau). Une échelle permet de monter au-dessus de la pièce centrale où ils habitent, où des rameaux de bouleaux sèchent (pour le banya) ainsi que des herbes, de l’ail, et où des couvertures sont installées, pour les invités ou pour Rustam, lorsque les nuits avec le bébé sont trop difficiles. Autour de la maison, il y a un premier potager (concombres, framboises, un plus grand se situe un peu plus bas le long du chemin), un enclos pour leur vache, leur veau et leur bœuf (qui leur fournissent par ailleurs la matière première de leur torchis), une salle de bain en plein air (des planches et un tuyau relié à un réservoir solaire), un four à bois (fait main lui aussi) et l’atelier de Rustam, qui est potier. Un antre en forme de dôme, avec des étagères tout autour recouvertes de ses créations. Son ambition est d’organiser des ateliers de poterie dans le village. On dégage et on aplatit un petit espace des broussailles, puis on le recouvre de paille, pour installer notre tente.

Rustam et Katya ont tous les deux 34 ans, et leurs filles, Dara, 3 ans et demi, et Sacha à peine 8 jours ! Rustam a grandi à la campagne autour de Moscou (comprendre à plusieurs heures de route), Katya a grandi dans la capitale. Ils avaient tous les deux des boulots salariés (Katya en tant qu’instit de maternelle, Rustam je ne sais plus exactement), et ont vécu dans plusieurs villes en Russie. Puis, un moment, ils ont eu envie de changer de mode de vie, d’apprendre à vivre de manière plus autonome et plus en lien avec la nature. 6 ou 7 ans plus tôt, des amis leur ont parlé de ce projet d’éco-village où s’étaient déjà installées quelques familles. Ils ont visité l’endroit avant de décider d’acheter un bout de terrain pour s’y établir à l’année. Rustam avait quelques connaissances pratiques mais ils ont appris sur le tas, et ont persévéré à construire leur maison au fur et à mesure. Ils se sont rapidement débarrassés de tout ce qui ne leur semblait plus utile, notamment leur voiture.

La relation avec Rustam est tout de suite chaleureuse. Si son niveau d’anglais n’est pas très élevé, il a soif d’apprendre (de manière un peu particulière, il fixe notre bouche lorsque l’on parle et tente de produire les mêmes sons), et a un cœur très très grand. Il accorde beaucoup d’importance à l’enseignement mutuel, et est très organisé et clair dans ses explications. Il nous explique puis nous montre chaque tâche à faire patiemment. On se rend compte avec le temps que c’est un vrai bourreau de travail, car il est partout et fait tout, notamment depuis la naissance de Sacha et que Katya ne peut pas assurer toute sa part. Pourtant, les tâches sont nombreuses : s’occuper de Dara, des poulets, de la vache, du veau et du bœuf, des produits laitiers dont ils se nourrissent et fournissent les villageois (peu nombreux heureusement), des potagers, de la maison, de son atelier. Il ne néglige pas sa famille pour autant. On a peur qu’une semaine de notre présence ne lui apporte plus de travail qu’autre chose, d’autant plus qu’il est aussi très attentif à notre bien-être et à nous faire découvrir plein de choses ! Sylvain passe plus de temps avec lui, notamment sur les tâches plus physiques comme la construction des murs ou du toit, donnant lieu à des discussions originales sur l’accouchement à la maison par exemple (Katya et lui ont a mis eux-mêmes au monde leurs deux filles). Devant ses yeux pétillants à l’évocation de son parapente, Sylvain lui fait essayer et on a l’impression d’un gamin tellement il est excité !

Avec Katya, c’est un peu plus compliqué, surtout pour moi qui ai plus souvent affaire à elle (pour la cuisine et la fabrication des produits laitiers). Elle est accaparée par son bébé, ce qui semble normal. Le manque de sommeil la rend peu patiente, je sens qu’elle prend sur elle quand j’ai du mal à comprendre comment faire les choses ou que je lui pose trop de questions. J’hésite parfois à lui demander certaines choses, avant de me raviser parce que j’ai besoin de ces informations car je ne veux pas prendre d’initiative qui irait à l’encontre de sa manière de faire. Au fur et à mesure que les choses se régulent pour elle et son bébé, et que je prends confiance en les tâches qu’on me confie, je la sens plus détendue, et ma présence dans la maison me permet d’avoir des discussions plus poussées avec elle, dont le niveau d’anglais est meilleur. Elle partage ses connaissances sur les plantes comestibles, et me raconte sa vision du développement de l’enfant, leur vie à l’écart du monde, avec une assurance et une tranquillité qui montrent à quel point on s’en remet à d’autres pour des tas d’aspects de notre vie.

Il y a aussi Lorena, leur volontaire depuis plusieurs mois, qui a notamment vécu le moment de l’accouchement (à la maison). Son grand calme, sa discrétion et son sérieux nous impressionnent, bien qu’elle soit très jeune (à peine plus de 20 ans), et l’ont sûrement aidée à faire face au tourbillon d’émotions et d’énergie qui a entouré cette période très particulière de la vie de la petite famille. Après-coup, on se dit que quand même, l’arrivée de deux personnes en plus, bien que l’aide apportée eût été certainement bénéfique, n’a pas dû être facile pour eux non plus ! Ils auraient certes pu refuser. D’ailleurs, nous avons été touchés par une phrase de Rustam à la fin de notre séjour, quand il s’est excusé de ne « pas avoir eu de temps pour (nous ?) aimer », trop pris par ses propres préoccupations.

On ne lui en veut pas du tout : on s’est sentis accueillis à bras ouverts et on a partagé de supers moments en leur compagnie même si ça n’a pas toujours été facile émotionnellement. Cette expérience a été pour nous une vraie mise à l’épreuve (positive) de nos certitudes sur nos modes de vie, sur les relations humaines, sur le voyage, et nous a appris énormément de choses.

Pour ceux qui craindraient un côté « extrême » voire « extrémiste » de la démarche, même si elle l’est dans un sens, leur vie un peu en dehors du monde ne les exclue toutefois pas de la vie moderne : ils ont des relations tout à fait classiques avec leur entourage et leurs voisins, Dara a droit a ses dessins animés, Katya et Rustam à leurs séries, ils ont des portables, un générateur, une machine à laver, font des provisions dans les magasins quand ils en ont besoin (bien que le troc soit de mise dans le village). De notre point de vue, ils ont choisi leurs contraintes, sont maîtres de leur temps, et ont l’air satisfaits de leur mode de vie. Quoi de plus important ?

Russia, August 2019.

For our first volunteering experience, we found a family in a small Altai village near Altaiskoye. In their description, it is about an ecovillage not easily reached, sharing ideas, and help to build a house and make dairy products. After a few failed attempts to get in touch with them, I try to call them. A few days later, their Swiss volunteer Lorena calls me back. She tells me the place is great and that Rustam and Katya would be happy to have us.

We get there a few day later, we have to park Pam 2k from their place, down a « road » that Pam will definitely not get through. We pack stuff for a week and start hiking up. Along the path, there are several benches with a cup to drink the spring water that comes out of the mountain. We ask the first house we see, their place is a bit higher up the path.

Their house entirely handmade with daub and wooden logs, consists of a 15 sqm square room, 2m high. Opposite a wool-insulated heavy wooden door (it can be under 40° in winter) is a wood stove, on our left a sink, a work surface, food stocks, 2 gas stoves and a wooden table on the contiguous wall. The cradle is in a corner, and there is just enough space left for a large bed with a little space for Dara. They have covered their house with large metal sheets that allows to stay outside if it rains. This is where the banya is (a sort of bathroom), where Dara plays, where we work, eat when the weather allows, where the clothes dry.. A ladder goes above the room, where they put some blankets to sleep, let birch twigs, garlic and herbs dry. Around the house is a small garden (a bigger one is down the path), a shelter for their cattle, an open bathroom (planks with a hose linked to a solar shower), a wood oven and Rustam’s ceramic workshop (dome-shaped, with shelves full of his creations) for his future activities. We pitch our tent nearby on a bushy space that we first have to flatten and cover with straw.

Rustam and Katya are both 34 years old, their daughters Dara 3,5, and Sacha, only 8 days old. Rustam grew up in the countryside « not far » from Moscow (only a few hours drive), Katya grew up in the city. They were both employees (Katya was a kindergarten teacher, Rustam I don’t remember exactly) and lived in several cities in Russia. At some point, they decided to have a totally different lifestyle, to learn to live more independently and more linked to the nature. 6 or 7 years ago, some friends told them about a small ecovillage project that a few families had started. They visited the place, and decided to buy a small piece of land. Rustam knew a bit about construction, but they learned by themselves, and persevered to build their house little by little. They got rid of all the things they wouldn’t need, like their car.

Our relationship with Rustam is warm from the beginning. He compensates his poor English by the will to improve it (he was often looking at our lips moving and trying to make the same sounds), and his heart is bigger than any I’ve seen so far. Teaching and learning are very important to him, he is very organised and clear when he explains something. Every task he asks us, he shows it first. Over time, we realise how much work he is capable of doing in one day, he is literally everywhere and does everything, especially since Katya is very busy with the new baby. And there are many things to do : taking care of Dara, of the chickens, cow, veal and bullock, making the dairy products for themselves and the villagers (luckily it is a small village), working in the garden, the house, his workshop… But he doesn’t forget his family. We actually fear that staying a week will only bring him more work, especially since he is very patient and attentive to our wellbeing and wants to make us discover everything ! Sylvain spends more time with him, particularly on the most physical tasks like building the walls or the roof, giving way to chats like giving birth at home (both girls were born at home without a midwife or doctor). He was also very excited (more than that even) to try Sylvain’s paraglider !

The relationship with Katya is slightly different, especially for me who spend more time with her (for cooking or making the dairy products). She is monopolised by her baby (which we can’t hold against her !), and the lack of sleep makes her more irritable. She tries to be patient when I don’t understand what she wants, or when I ask her things because I don’t want to do it differently than she does. As time goes by, things start to settle with the baby, and I get more confident, so she is more relaxed and we have more time to chat. She shares her knowledge about herbs, tells me more about her vision of children development, their lifestyle, with a confidence and serenity that shows me how much of we rely on others to deal with our own life.

There is also Lorena, who has been volunteering for a couple of months, and we realise that she was there when Sacha was born. Her calm, discretion and seriousness impress us for such a young person (she’s hardly over 20) and probably helped her during the turmoil of emotions and energies that carries this very special time in the family’s life. When we think about it, having 2 more persons at their house at this time must have been disturbing (they could have refused though). We actually kept in our mind a sentence that Rustam told us upon our leave, that quite affected us. He told us he was sorry that he didn’t have « time to love » (us ?) at that moment, because he had too much on his mind.

We do not hold it against him at all : we felt warmly welcome and we shared some great moments with them, even though it hasn’t been always smooth. For us, this experience was a good challenge for our convictions, reflexion on our lifestyle, human relationships, travelling … we learnt a lot.

For those who could (understandably) fear the extremism of this approach, even if it has an extremist aspect, their life away from the world does not exclude them for modern life or other people : they have « normal » relationships with their relatives and neighbours, Dara watches comics, Rustam and Katya watch movies, they have mobile phones, a generator and a washing machine, they buy food when they need it (although bartering is more common in the village) … In our opinion, they have chosen their constraints, they are masters of their time and seem satisfied with the way they live. What could be more important ?

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